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Du bruit dans Landerneau - Page 3

  • Le prix de la déconnexion

    La course mondiale à la domestication du capitalisme est en marche. En France, le « droit à la déconnexion », entré en vigueur le 1er janvier dernier, contraint les entreprises de plus de 50 salariés à négocier de manière explicite comment leurs employés gèrent leur disponibilité en dehors des heures de bureau. En 2016, les législateurs sud-coréens ont présenté une proposition de loi similaire. Ce mois-ci, un membre du congrès des Philippines a instauré une mesure allant dans le même sens, avec le soutien d’un puissant syndicat local. D’autres lois semblables devraient bientôt suivre, d’autant qu’un certain nombre de grandes entreprises, comme Volkswagen ou Daimler ont déjà fait des concessions, sans attendre que l’État légifère en la matière. Que penser de ce nouveau droit ? Connaîtra-t-il le sort du « droit à l’oubli », cette autre mesure moderne qui prétend offrir une compensation aux usagers dérangés par les excès du capitalisme numérique ? Ou n’est-il qu’une manière d’avaliser l’existant, en donnant de faux espoirs, sans s’attaquer à la dynamique profonde de l’économie mondiale ? Lire aussi Rachel Saada, « Le code du travail, garant de l’emploi », Le Monde diplomatique, janvier 2016. Commençons par une clarification sémantique. Ne nous méprenons pas sur le sens de cette expression ambiguë de « droit à la déconnexion », qui désigne le privilège de ne pas répondre aux emails professionnels en dehors des heures de bureau. Prise telle quelle, une définition si limitée exclut une flopée d’autres relations sociales pour lesquelles une déconnexion permanente ou temporaire des personnes en position de faiblesse serait souhaitable : dans ces cas de figure, l’injonction à la connexion est synonyme de profit pour certains et d’abus de pouvoir pour d’autres. Après tout, la connectivité n’est pas qu’un moyen d’exploitation, mais aussi de domination : l’aborder uniquement à l’aune du code du travail n’est donc pas suffisant. Prenons par exemple toutes les données que nous produisons par le biais des villes, des maisons ou même des voitures « intelligentes ». Tout le monde connaît désormais leur valeur, à commencer par les compagnies d’assurance qui réduisent volontiers leurs franchises ou les start-up de la finance qui accordent des taux d’emprunt préférentiels… à condition de leur céder nos données. Les institutions publiques aussi utilisent notre présence sur les réseaux sociaux pour nous juger. Les douaniers américains par exemple, ont commencé à demander aux ressortissants des pays exemptés de visa de leur communiquer leurs noms d’utilisateurs sur leurs comptes YouTube, Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn, etc. A-t-on vraiment les moyens de se déconnecter des compagnies d’assurance, des banques et des services d’immigration ? En principe, oui, si l’on peut assumer les coûts sociaux et économiques croissants de la déconnexion et de l’anonymat. Ceux qui souhaitent se déconnecter finiront par devoir payer ce privilège : taux d’emprunt plus élevés, contrats d’assurance plus onéreux et plus de temps perdu à essayer de convaincre les douaniers de leurs bonnes intentions. Par ailleurs, si l’avenir donne raison aux prophètes du travail numérique, qui prédisent que nous produisons des données d’une immense valeur économique par la simple utilisation des services Internet les plus courants, alors répondre à ses emails personnels constitue aussi une forme de « travail ». Bien entendu, lorsqu’on utilise les réseaux sociaux on a moins l’impression de trimer que d’être en proie à une forme d’addiction (1). Une addiction qui a pourtant des origines parfaitement tangibles : les plateformes qui retiennent notre attention sont précisément conçues pour nous prendre en otage et nous faire divulguer, clic après clic, autant de données que possible. Si elles génèrent tant d’addiction, c’est parce qu’elles sont minutieusement optimisées et testées sur des millions d’utilisateurs afin d’entretenir une dépendance durable.

  • Une chute qui n'en finit pas

     

     
    Voici un homme poursuit sa course présidentielle, malgré la situation catastrophique dans laquelle il est embourbé. On lui reproche d'avoir détourné de l'argent ? Il continue. Il ne peut faire campagne sans être reçu par des bruits de casseroles ? Il s'accroche. Sa femme n'avait même pas de badge d'assistante parlementaire ? Il s'accroche. Son équipe de campagne le lâche ? Il maintient sa candidature ! Chaque revers lui fait montrer les dents. Il veut faire passer ça pour du courage, il s'érige en résistant.  Mais se rend-il compte des dégâts qu'il fait ? Lorsqu'il poursuit sa campagne malgré les soupçons, il humilie la France, et ce jusque dans la presse internationale. Dans beaucoup d'autres pays, un politicien n'aurait pu continuer sa campagne plus de quelques heures après le début de cette affaire. Quand il bafoue la promesse qu'il avait donnée au journal de 20 heures, il met à mal toute la sphère politique. La confiance des gens à l'égard de leurs élus n'était déjà pas très consistante, mais Fillon n'a fait que mettre de l'huile sur le feu. Lorsqu'il parle d'assassinat politique, il est carrément ridicule : c'est le principe même de justice sur lequel il crache. Quand il annonce qu'il continuera malgré les défections dans son camp, il se comporte plus mal, à certains égards, qu'un Donald Trump ! Je ne comprends pas pourquoi Fillon continue. Entend-il tenir jusqu'au 17 mars où plus aucun républicain ne pourra prendre sa place ? Souhaite-t-il gagner l'immunité que lui donnerait la fonction suprême ? Pense-t-il vraiment qu'un député qui fait preuve de si peu de droiture, revient sur sa parole et diffame la justice serait un président efficace ? Pour moi, le Droopy est le pire fléau qu'aient connu les Républicains.

  • Qui a peur du virtuel

    Cela fait un moment que la réalité virtuelle fait parler d'elle, et j'admets que j'étais du coup assez curieux de m'y immerger au moins une fois, ne serait-ce que pour voir. Et c'est ce que j'ai finalement pu faire il y a peu avec mes collègues. Il y a peu, un incentive à Paris m'a en effet permis de profiter de cette réalité alternative. Et je peux désormais vous dire une chose la concernant : c'est qu'elle va changer nos vies. En vérité, il suffit de s'y aventurer une fois pour comprendre à quel point les écrans traditionnels seront bientôt dépassés. C'est difficile à expliquer à qui n'a pas encore essayé, mais le retour sur écran normal donne un peu l'impression d'échanger son Samsung 6 contre un S63 du siècle précédent ! Imaginez : entre le casque qui offre une expérience qui couvre tout le champ de vision, et les téléviseurs tradis où le spectacle se limite à un simple rectangle, il y a un monde qui sépare ces deux technologies. Et puis, il est capital de rappeler que la VR en est encore à ses rudiments. Or, elle permet déjà une expérience vraiment attrayante. Je me demande ce qu'elle va donner dans deux-trois ans, lorsque l'effet de masse permettra de réduire son coût et que son catalogue sera davantage fourni, et avec de vrais jeux (il ne s'agit pour l'heure que de petites expériences, très funs mais dépourvues de scénarios). A mon avis, cette réalité ne se contentera pas de conquérir le monde vidéoludique. Je ne suis pas un expert en la matière et je peux fort bien me tromper, mais je crois qu'elle sera employée d'ici peu par tous, et dans de nombreux domaines auxquels l'on ne pense pas encore. Au travail, pourquoi pas ? Pour quelques personnes, c'est sans doute une absurdité que je profère, car selon eux le public rechignera à s'éloigner du monde physique. Et pourtant, n'est-ce pas justement ce que nous faisons depuis quelques années avec nos Iphones et tablettes ? Je ne serais donc pas plus surpris que ça que la réalité virtuelle s'impose dans des domaines très inattendus. Certaines entreprises l'ont d'ailleurs déjà adoptée, et certains parcs d'attraction s'appuient déjà entièrement sur la réalité virtuelle ! Au passage, cet incentive à Paris m'a beaucoup amusé : j'ai trouvé la soirée tournoi qui nous était proposée vraiment originale et marquante. Voilà l'agence qui l'a mis en place, si vous souhaitez voir quelques photos.